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Shay présente son nouveau clip "DA"


Daniel Fox

Shay


Nouveau clip "DA"




« J’suis d’retour c’est officiel ! » s’exclame SHAY dans son nouveau morceau « DA ». Depuis son dernier album, Antidote, sorti en 2019, et hormis quelques apparitions très remarquées (la couverture du Vogue japonais en mai 2020 et les campagnes pour la marque Burberry dont elle a été l’égérie) la rappeuse bruxelloise n’avait donné que très peu de nouvelles musicales.

Aujourd’hui à la tête de son label Jolie Garce Records, Vanessa Lesnicki (son identité à la ville) vient sonner le glas d’une absence qui tendait à trop se prolonger (le teaser du clip « DA » publié le 13 avril dernier a propulsé SHAY dans les plus grosses tendances twitter).


Composé par Josh et Nostra (PLK, Leto, Tiakola, Koba, Ninho, Alonzo…), « DA » est accompagné d’un clip réalisé par Guillaume Doubet qui avait déjà signé l'image de son précédent album. L’inspiration soignée et futuriste, chère à la rappeuse, accompagne l’instru à l’efficacité minimaliste redoutable et rappelle ici des films comme Ghost in the shell ou encore Ex machina, dans la veine du clip « Jolie », où elle offrait une performance de danse solo désinhibée et frondeuse. Une fois de plus, Shay crève l’écran, qu’elle occupe quasi seule. « DA » (‘oui’ en russe) confirme qu’elle fait partie des grandes et désigne également une nouvelle D.A. (direction artistique) que l’artiste annonce novatrice et explosive. Depuis 2016 et la sortie de son premier album, il faut simplement noter qu’elle est la seule femme du game à avoir obtenu un disque d’or pour services rendus aux fans de rap cru, imagé et insolent. Avec « DA », Shay confirme qu’elle porte mieux que jamais le pseudo qu’elle s’est choisi dans le monde du rap : celle qui apporte la lumière.


Ce nouveau morceau annonce sans nul doute un prochain album. Mais en attendant d’entendre d’autres titres de la MC belge, on pourra la retrouver très prochainement aux côtés de SCH et Niska dans le jury de Nouvelle École, l’adaptation francophone de l’émission musicale Rythm and Flow, diffusée sur Netflix. On pourra noter qu’elle partage avec Cardi B (présente dans la version américaine) le fait d’être à la fois artiste, rappeuse, performeuse et personnalité plébiscitée sur les réseaux pour son attitude et ses punchlines. Un bon présage pour la « jolie garce » bruxelloise.



 

Daniel Fox


« La féminité se construit face aux autres », dit-elle. Face à un milieu hip hop majoritairement masculin, Shay a non seulement su s’imposer en tant que rappeuse – accomplie – mais aussi en tant que femme de tête. Elle a créé son propre style, fondé son propre label, décide du moindre détail de ses propositions artistiques.


On ne naît pas femme, on le devient. À tout juste 30 ans, Shay en a conscience. Petite-fille de Tabu Ley Rochereau, éminent musicien congolais et l’un des meilleurs représentants de la rumba à l’international, Vanessa Lesnicki est issue d’une famille installée à Bruxelles. Alors que ses proches déplorent son impérieux désir d’indépendance, étonnamment précoce chez une petite fille qui ne se prive pas de quelques bêtises, le grand-père l’encourage à chanter. Le surnom de Shay, « celle qui apporte la lumière » en yanzi, c’est lui qui le lui donne. Avec ses frères, dont son jumeau aujourd’hui connu sous le nom Le Motif, elle s’enregistre sur des cassettes audio. Avant même de savoir lire, la petite fille compose mentalement des morceaux, des mélodies, s’invente des histoires musicales.


Plus tard, des icônes féminines et américaines telles que Mary J. Blige, Lil’ Kim, Lauryn Hill, Tracy Chapman ou encore Foxy Brown lui ouvrent la voie. Si Shay n’adhère guère à l’hyper sexualisation forcenée du star system américain, elle n’en est pas moins inspirée par la maîtrise artistique dont font preuve ces artistes. Sur le terrain francophone, il y a peu d’exemples en la matière, à part Diam’s. Lorsque Shay commence à s’illustrer sur la scène bruxelloise, elle est l’une des rares femmes à tâter de la punchline. À s’emparer d’un ego trip trop longtemps envahi de virilité parfois mal placée. Pourquoi pleurer le départ d’un homme alors qu’il nous libère d’un poids ? Pourquoi faire croire qu’on ne peut vivre sans eux, et qu’on n’est pas capable d’utiliser leur présence à notre guise ? Profondément féministe sans appartenir à une chapelle, le discours de Shay fait mouche. En 2011, un Booba épaté l’invite en studio pour le titre « Cruella », et sur la scène de Bercy. La jeune chanteuse se fait de plus en plus connaître en France sans perdre de vue sa ville natale et de cœur, Bruxelles. Cette nouvelle vague de hip hop belge, nourri de la musique d’aïeux africains, influencée par les productions américaines sans en reproduire les schémas sociaux, empreinte d’humour et de bagout, déferle en France grâce à des artistes comme Shay : sans peur ni reproches.


Avec les albums Jolie garce (2016) et Antidote (2019), elle confirme la force de son discours, la puissance de rythmiques servant une voix de rêve, un flow pragmatique et un look sexy. Pour Shay, le vêtement est un moyen d’expression comme un autre, propice au jeu et à l’amusement. Aussi bien intéressée par la rébellion du punk que par les coupes du streetwear, Shay n’oublie pas que c’est par leur allure que les personnes noires ont pu, après des siècles d’esclavagisme, reprendre leur dignité et rappeler leur flamboyante élégance. La mode ne s’y trompe pas : Riccardo Tisci l’a choisie comme égérie de Burberry, et, en 2020, Shay est la première artiste noire francophone à poser en couverture de l’édition japonaise de Vogue. Coupe au carré, lignes graphiques : elle illumine les photos, animée par le désir d’ouvrir la porte à d’autres jeunes talents. Pour celle qui a longtemps cherché des modèles à suivre dans les magazines ou dans les clips, cette mise en lumière est une opportunité qu’elle saisit par un altruisme militant.


Les motivations sont les mêmes lorsque Netflix lui demande de faire partie du jury de l’émission Rhythm + Flow, adaptation du célèbre show américain dénicheur de talents. C’est Bruxelles que Shay va arpenter pour faire entendre les voix de demain. Là où a résonné la sienne pour la première fois. En 2022, un troisième album confirmera la personnalité multi facettes de Shay, à la fois nourrie par son authenticité et un sens inné du spectacle. Forte de dix ans de carrière à défendre une féminité sans concessions et un black empowerment assumé, la rappeuse a rarement autant brillé au sein d’une constellation rap qui n’en revient toujours pas de compter une telle étoile dans ses rangs.




Daniel Fox

Emma Soriano



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