Brésil : du choro aux nouvelles scènes, un pays aux mille pulsations

NEW KG · FOCUS PAYS ·

BRÉSIL

Des racines du choro aux nouvelles scènes, un pays aux mille pulsations

Du samba au forró, de la bossa nova au funk carioca, du rap à la bass music : NEW KG traverse un territoire musical où l’héritage ne cesse jamais de devenir futur.

Le Brésil ne tient pas dans une seule image, et encore moins dans un seul rythme. Sa musique s’écrit à l’échelle d’un continent : dans les rodas, les bals, les fêtes populaires, les studios domestiques, les sound systems, les clubs et les scènes indépendantes.

Chaque région possède ses mémoires, ses accents et ses manières de faire circuler le son. Les traditions autochtones, les héritages africains, les histoires européennes, les migrations intérieures et les dialogues avec les Caraïbes, les États-Unis, l’Europe ou l’Amérique latine ont produit une culture musicale profondément plurielle.

Ce Focus Pays ne cherche donc pas à enfermer la musique brésilienne dans une définition. Il propose une carte d’écoute : des figures fondatrices aux scènes actuelles, du Nord amazonien au Nordeste, de Rio de Janeiro à São Paulo et Belo Horizonte, jusqu’aux passerelles internationales ouvertes par des artistes comme DJ Marky.

Notre angle : écouter le Brésil comme un archipel de scènes reliées entre elles — chacune conserve son histoire, mais aucune ne reste immobile.

1. Un pays, plusieurs territoires musicaux

Parler de « musique brésilienne » au singulier est pratique, mais forcément incomplet. Le carimbó et le tecnobrega de Belém ne racontent pas la même géographie que le samba carioca. Le baião, le xote et le piseiro font entendre d’autres paysages encore. À São Paulo, le rap, le funk, la musique électronique et les cultures de club se rencontrent dans une ville traversée par les migrations venues de tout le pays.

NORD · BELÉM

Carimbó, guitarrada, brega et tecnobrega. Dona Onete et Gaby Amarantos incarnent deux générations d’une créativité amazonienne tournée vers la danse.

NORDESTE

Forró, baião, frevo, maracatu, axé, pagodão et nouvelles pop bahianaises. Luiz Gonzaga, João Gomes, Rachel Reis et Melly dessinent un dialogue entre transmission et invention.

RIO DE JANEIRO

Choro, samba, bossa nova et funk carioca. Des salons et rodas aux bailes, la ville transforme sans cesse ses périphéries en centres de création.

SÃO PAULO & MINAS

Rap, pop indépendante, funk, house et bass music. Emicida, Djonga, Marina Sena, VHOOR, BADSISTA et L-Side illustrent une cartographie en mouvement.

Ces repères servent de portes d’entrée, pas de frontières : les artistes circulent, collaborent et déplacent constamment les catégories.

2. Choro et samba : des racines toujours vivantes

À la fin du XIXe siècle, le choro se développe à Rio de Janeiro dans la rencontre entre formes de danse européennes, interprétations populaires, improvisation et sensibilités afro-brésiliennes. Il deviendra l’un des premiers grands langages instrumentaux urbains du pays. Flûtiste, saxophoniste, compositeur et arrangeur, Pixinguinha en élargit la syntaxe et demeure une figure majeure de son histoire. En 2024, le choro a été reconnu comme patrimoine culturel du Brésil par l’Iphan.

Le samba se consolide ensuite au début du XXe siècle, notamment à partir d’héritages afro-brésiliens, du samba de roda bahianais, du jongo, du maxixe et des cultures populaires de Rio. Il n’existe pas sous une forme unique : samba de terreiro, partido-alto, samba-enredo, samba-canção ou pagode racontent des usages, des époques et des communautés différents.

Cartola, cofondateur de l’école de samba Estação Primeira de Mangueira, en reste l’un des poètes essentiels. Ses mélodies et ses textes rappellent que le samba peut réunir sophistication harmonique, chronique sociale, tendresse et mémoire collective.

Repères : le choro selon l’Iphan · le samba de roda du Recôncavo de Bahia selon l’UNESCO.

3. Luiz Gonzaga, le forró et le Nordeste en mouvement

Le forró est à la fois musique, danse et espace social. Il réunit plusieurs traditions du Nordeste, parmi lesquelles le baião, le xote, le xaxado, l’arrasta-pé et le coco. Avec sa voix, son accordéon et son imaginaire du sertão, Luiz Gonzaga a joué un rôle décisif dans la diffusion nationale du baião et du forró au XXe siècle.

Cet héritage ne relève pas du musée. Il continue de se transformer dans le forró eletrônico, le piseiro et les nouvelles hybridations populaires. João Gomes porte cette continuité avec une voix immédiatement identifiable et des productions capables de relier la danse, la romance et les habitudes d’écoute contemporaines.

À retenir : reconnaître une tradition ne signifie pas la figer. Les matrices traditionnelles du forró ont été inscrites au patrimoine culturel immatériel du Brésil en 2021, tandis que de nouvelles générations continuent d’en déplacer les formes.

À lire : les matrices traditionnelles du forró présentées par l’Iphan.

4. De la bossa nova à la MPB : l’intime devient universel

À la fin des années 1950, João Gilberto transforme la manière de jouer et de chanter le samba. Sa guitare condense le rythme ; sa voix, plus retenue, déplace l’attention vers la nuance, le silence et la proximité. Avec Antônio Carlos Jobim, Vinicius de Moraes et d’autres compositeurs, la bossa nova ouvre une nouvelle conversation entre samba, harmonie et jazz, avant de connaître une circulation internationale considérable.

La décennie suivante voit s’affirmer ce que l’on regroupe sous le nom de MPB. Plus qu’un style figé, le terme devient un espace où se rencontrent chanson, traditions régionales, expérimentation, commentaire politique, pop et nouvelles écritures. Elis Regina impose une intensité d’interprétation devenue une référence. Gilberto Gil, acteur majeur du tropicalisme, fait dialoguer guitare, rythmes afro-brésiliens, reggae, rock, électronique et pensée politique.

Cette capacité à absorber le monde sans perdre ses ancrages reste l’un des moteurs de la création brésilienne. Chez Marina Sena, Liniker, Rachel Reis ou Melly, la chanson populaire n’est pas un héritage à reproduire : c’est une matière à réécrire.

Pour prolonger : le rôle de João Gilberto dans la bossa nova, raconté par Smithsonian Magazine.

5. Funk, rap et cultures de club : les villes reprennent le récit

Les scènes brésiliennes contemporaines naissent aussi loin des institutions traditionnelles. Elles se construisent dans les périphéries, les quartiers populaires, les fêtes, les radios, les plateformes et les studios accessibles. Le son devient à la fois espace de joie, de confrontation et d’affirmation.

Trois portes d’entrée dans le Brésil d’aujourd’hui
Scène Artistes repères Ce qu’elle raconte
Funk Tati Quebra Barraco, MC Carol, Ludmilla Des voix féminines qui déplacent les représentations du corps, du pouvoir, du désir et des réalités sociales, sur une musique née dans les bailes et constamment réinventée.
Rap Emicida, Djonga, Ebony Une écriture qui relie histoires noires, territoires urbains, introspection, mémoire familiale, ambition et critique des rapports de pouvoir.
Club & bass BADSISTA, VHOOR, L-Side Du funk à la house, de la bass music à la drum and bass, une génération connecte les rythmes locaux aux circuits électroniques mondiaux sans effacer leur provenance.

BADSISTA fait ainsi se heurter house, bass music et funk dans une esthétique périphérique devenue internationale. VHOOR part de Belo Horizonte pour croiser beatmaking et matières brésiliennes. L-Side prolonge, depuis São Paulo, l’histoire brésilienne de la drum and bass avec une production tournée vers les soundsystems et les pistes mondiales.

Repères : chronologie du hip-hop brésilien par GRAMMY.com · présentation de BADSISTA · biographie de L-Side chez V Recordings.

6. Le pont Brésil–Royaume-Uni : quand la drum and bass change d’accent

À la fin des années 1990, São Paulo devient l’un des grands laboratoires internationaux de la drum and bass. DJ Marky, XRS et DJ Patife s’approprient un langage venu du Royaume-Uni, mais refusent la simple imitation. Leur culture du hip-hop, du samba, de la soul et des disques brésiliens apporte une chaleur mélodique et une autre manière de faire rouler les breaks.

Sorti en 2002, « LK (Carolina Carol Bela) » de DJ Marky et XRS, avec Stamina MC, transforme un échantillon de « Carolina Carol Bela » de Toquinho et Jorge Ben en hymne drum and bass. Le morceau entre dans le Top 20 britannique et matérialise une circulation devenue historique entre les clubs de São Paulo et de Londres.

Cette histoire continue avec S.P.Y, L-Side, Level 2, Alibi et de nouvelles communautés qui rapprochent drum and bass, jungle, breakbeat et funk. Le Brésil n’est pas une annexe tropicale du récit britannique : il a contribué à transformer le genre depuis l’intérieur.

Le morceau-pont : DJ Marky & XRS feat. Stamina MC — « LK (Carolina Carol Bela) ». Une rencontre entre mémoire brésilienne, basse britannique et joie collective.

Pour prolonger : l’histoire du dialogue Brésil–Royaume-Uni racontée par The Guardian.

7. Six voix pour entendre le Brésil contemporain

La sélection NEW KG réunit six trajectoires qui ne se ressemblent pas, mais qui ont en commun de refuser les cases trop étroites.

GABY AMARANTOS

Belém, le tecnobrega, la pop et une vision amazonienne spectaculaire qui replace le Nord au centre.

RACHEL REIS

Une pop bahianaise solaire où la chanson, les rythmes de Bahia et la sensualité dialoguent librement.

JOÃO GOMES

Le piseiro et le forró réinterprétés par une voix grave qui parle autant aux fêtes qu’aux histoires intimes.

MARINA SENA

Une pop immédiatement reconnaissable, entre désir, mélodies obliques et liberté de ton.

MC CAROL

Une écriture frontale qui transforme le funk en espace de récit, d’humour, de colère et d’affirmation.

BADSISTA

Une culture club brésilienne qui percute house, funk et bass music, des périphéries de São Paulo aux scènes internationales.

SPOTLIGHT NEW KG

Liniker : la voix, le corps et la liberté d’aimer

Liniker appartient à cette génération capable d’honorer la grande chanson brésilienne sans en reproduire les gestes. Soul, samba-rock, jazz, R&B et MPB se rencontrent dans une musique où la puissance vocale ne sert jamais à masquer la vulnérabilité.

Avec CAJU, paru en 2024, elle construit un univers ample, sensuel et précis autour du désir, de la mémoire et de l’amour noir. L’album et ses chansons lui ont valu six nominations aux Latin GRAMMYs 2025, dont Album de l’année, Enregistrement de l’année et Chanson de l’année.

Liniker ne représente pas une « nouvelle version » de la MPB : elle participe pleinement à redéfinir ce que la musique populaire brésilienne peut raconter aujourd’hui.

Repère : GRAMMY.com sur CAJU et les nominations de Liniker.

NEW KG · DÉCOUVERTE

Melly : Bahia, douceur et force intérieure

Originaire de Salvador, Melly rapproche R&B, pop, écriture intime et rythmes bahianais dans une langue musicale qui lui appartient. Sa voix peut rester proche du murmure puis s’ouvrir sans perdre la précision du texte.

Son deuxième album, MAIS FORTE QUE A DÚVIDA, publié en mai 2026, marque une étape d’expansion. L’artiste y transforme l’incertitude en moteur créatif et élargit sa palette sans abandonner la sensibilité révélée par Amaríssima.

Pourquoi NEW KG la suit : parce qu’elle ne choisit pas entre profondeur et accessibilité — elle fait de cette tension son identité.

À lire : Melly raconte sa nouvelle phase à Billboard Brasil.

PARCOURS D’ÉCOUTE

La playlist Focus Brésil | NEW KG

Cette sélection ne prétend pas résumer un pays aussi vaste. Elle relie plutôt dix points de passage : Pixinguinha, Cartola, Luiz Gonzaga, João Gilberto, Gilberto Gil, Dona Onete, Tati Quebra Barraco, DJ Marky & XRS feat. Stamina MC, Liniker et Melly.

Écoutez-la dans l’ordre pour suivre le récit : les fondations instrumentales et populaires, la modernité de la chanson, les scènes régionales, l’énergie des périphéries, le pont électronique avec le Royaume-Uni, puis deux voix qui incarnent le présent et l’avenir.

Ouvrir la playlist dans Spotify

Le Brésil ne se résume pas. Il s’écoute en mouvement.

Du souffle de Pixinguinha aux mots de Cartola, de l’accordéon de Luiz Gonzaga aux silences de João Gilberto, des bailes funk aux clubs de São Paulo, de Liniker à Melly, la musique brésilienne avance par transmission, collision et réinvention.

Quel artiste ou quel mouvement devrait ouvrir notre prochain voyage au Brésil ? Partagez votre découverte avec NEW KG.