Lina Stalytė : entre Paris et la Lituanie, le retour à soi avec Vasaros Naktys

 

EST-CE QUE TU ME CONNAIS ?

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L’ARTICLE

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ÉPISODE 02

Lina Stalytė : entre Paris et la Lituanie,

Vasaros Naktys

raconte le retour à soi

Entre la Lituanie de son enfance et Paris, où elle vit depuis près de quinze ans,
Lina Stalytė a construit une identité artistique faite de rencontres, de voyages
intérieurs et de contrastes. Avec Vasaros Naktys, son premier album
entièrement interprété en lituanien, la chanteuse neo-soul jazz retourne vers
sa langue maternelle tout en affirmant un univers profondément personnel.

@e2c

PORTRAIT · MUSIQUE
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EST-CE QUE TU ME CONNAIS ?
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LINA STALYTĖ

« Pour moi, la musique est avant tout un lieu de rencontre.
C’est un pont de communication, un lien entre les artistes,
le public et les gens qui ne se connaissent pas encore. »

— Lina Stalytė

Pour Lina Stalytė, la musique n’a jamais été uniquement une histoire de performance.
Avant les albums, les concerts ou les studios, il y avait déjà cette envie de chanter
et, surtout, de partager.
« Je suis juste une fille qui a toujours aimé chanter et partager le chant avec
les autres. J’ai beaucoup chanté seule dans ma chambre, mais très vite, j’ai compris
que ce qui me touchait le plus, ce n’était pas de chanter seule : c’était de chanter
pour les autres ou avec les autres. Pour moi, la musique est avant tout un lieu de
rencontre. C’est un pont de communication, un lien entre les artistes, le public
et les gens qui ne se connaissent pas encore. »
Son entrée dans la musique s’est faite presque naturellement. Quand elle était enfant,
ses parents l’encourageaient à chanter pendant les fêtes de famille ou entre amis.
Puis un jour, elle accompagne une amie qui prépare le concours d’entrée au conservatoire.
« En la regardant, je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » J’ai passé le concours
un peu spontanément, j’ai été acceptée, et avec le recul, j’ai l’impression que
c’était un rendez-vous avec le destin. »
Lituanienne installée à Paris depuis quatorze ans, Lina est arrivée dans la capitale
française pour étudier le jazz avant d’y construire progressivement sa vie d’artiste.
Aujourd’hui, son quotidien se partage entre l’écriture de chansons, les concerts,
la promotion de sa musique, la recherche de nouvelles dates et l’enseignement du chant.
Ses chansons parlent souvent « d’amour, d’introspection, de nature et de cette manière
qu’a le monde vivant de nous inspirer et de nous transformer ».

01
DEUX TERRITOIRES, UNE ARTISTE
Paris et la Lituanie : le yin et le yang de Lina
Pour comprendre Lina Stalytė aujourd’hui, il faut regarder dans deux directions.
D’un côté, il y a Paris. Une ville de mouvement, de rencontres, de concerts,
de jam sessions et de croisements musicaux. De l’autre, la Lituanie :
la nature, le calme, l’intuition, les forêts et les lacs.
@e2c
« Ce voyage entre Paris et la Lituanie est finalement assez récent.
Pendant longtemps, je retournais surtout en Lituanie pour voir ma famille
ou faire quelques actions de promotion. Tout a changé quand j’ai commencé
à chanter dans ma langue maternelle. Depuis la sortie de mon dernier projet
en lituanien, j’y retourne beaucoup plus souvent, et cela m’a permis de renouer
avec une partie de moi que j’avais un peu laissée de côté. »
La Lituanie fait revenir une facette profondément instinctive de l’artiste.
« La Lituanie me reconnecte à quelque chose de très profond :
la nature, le calme, la douceur, le bien-être. C’est la partie de moi
qui court avec les loups, qui danse avec le vent, qui est fascinée par les orages,
qui aime marcher sous la pluie, qui passe des heures au bord d’un lac ou dans une forêt.
C’est un espace très poétique, très intuitif. »
Paris révèle une autre énergie.
« Paris, c’est presque l’inverse. Paris fait ressortir mon côté plus extraverti.
C’est la ville des rencontres, des jam sessions, des concerts, du mouvement permanent.
Musicalement, c’est une ville d’une richesse incroyable. On y croise des artistes
venus du monde entier, des styles très différents, des mélanges qui nourrissent
énormément ma créativité. C’est aussi une ville où l’on crée beaucoup de liens humains. »
« J’aime dire que la Lituanie représente mon énergie yin,
tandis que Paris représente mon énergie yang.
J’ai besoin des deux pour être pleinement moi. »
La nuit fait elle aussi partie depuis longtemps de son imaginaire.
Mais son rapport à elle s’est transformé. Si Lina composait autrefois surtout la nuit,
elle protège désormais davantage son sommeil et se dit beaucoup plus productive le matin.
« La nuit est devenue un moment de retour à moi-même.
Après un concert, par exemple, je ne peux pas m’endormir immédiatement.
J’ai besoin de plusieurs heures pour redescendre, retrouver le calme
et revenir à mon centre. »
Elle reste aussi un territoire de création.
« Et puis je rêve énormément. Mes nuits sont très riches.
Beaucoup d’idées de chansons me viennent pendant mon sommeil.
Il m’arrive souvent de me réveiller avec une mélodie, une phrase ou une image,
et je les note immédiatement avant qu’elles ne disparaissent. »

02
RETOUR AUX RACINES
Vasaros Naktys : revenir à sa langue pour ressentir plus intensément
Avant Vasaros Naktys, il y avait Summer Nights.
Le projet que Lina présente aujourd’hui en lituanien est d’abord né en anglais.
@e2c
« En fait, le projet est né en anglais d’abord. J’ai compris que ça allait être
un album parce que j’avais beaucoup de chansons que je voulais sortir
et qui appartenaient au même univers. J’avais vraiment envie de sortir
un album entier, avec beaucoup de chansons qui racontaient quelque chose ensemble. »
Parmi ces morceaux, Summer Nights occupait une place particulière.
« Et la chanson qui était vraiment, je pense, la plus forte,
la plus ancienne et la plus travaillée, c’était Summer Nights,
donc ça faisait sens d’appeler cet album comme ça.
Et j’ai toujours voulu faire des albums, en fait. C’était ça. »
Mais un événement va modifier la trajectoire du projet : son passage à l’Eurovision.
« L’idée de le faire en lituanien est venue après mon passage à l’Eurovision.
J’ai traduit ma première chanson en lituanien et j’ai pris beaucoup de plaisir
à l’adapter. Ça m’a donné envie de tout traduire en lituanien.
Et là, ça faisait sens de refaire exactement le même ordre,
juste en ajoutant un titre en plus, une nouvelle chanson qui avait été composée. »
Ce retour au lituanien n’était pourtant pas seulement une décision artistique
ou stratégique. Derrière lui se trouvait quelque chose de plus intime.
« Et au-delà des gens, je pense qu’il y avait un désir très fort,
intérieur, de revenir à ma langue natale. Les mots lituaniens sont beaucoup
plus ancrés dans mon corps parce que ce sont les mots que je prononce depuis l’enfance.
C’est la première langue que j’ai apprise, depuis ma naissance,
et c’est une langue qui me touche au plus profond, beaucoup plus que l’anglais. »
« Je pense qu’il y a plus de force, plus de poids dans ces mots
parce qu’ils ont beaucoup plus de vécu pour moi que l’anglais,
que j’ai commencé à apprendre à l’âge de 8 ans. Ce n’est pas pareil. »
« C’était pour sentir, pour vivre plus intensément et livrer
plus de vécu, plus de parcours, plus d’histoire. »
Adapter l’album signifiait cependant beaucoup plus que traduire des paroles.
« Oui, c’est une vraie réadaptation. La traduction simple ne suffisait pas,
parce que je voulais que ça rime et je voulais que ça fasse sens.
Du coup, j’ai cherché des métaphores lituaniennes,
j’ai cherché quelque chose qui me parle beaucoup. »
« Parfois, j’ai même changé le sens, parfois les histoires,
mais j’ai cherché le même feeling : que ça représente le même feeling,
que ça décrive la même émotion, tout en ayant différentes images.
C’était ça le but. »
« Ce qui comptait pour moi, c’était de privilégier le son et l’émotion
plutôt que la traduction directe. Je voulais que ça sonne d’une certaine manière,
que les mots soient groovy, bouncy, percussifs.
Du coup, j’ai parfois dû pas mal réinterpréter et réadapter pour que ça fonctionne. »
Même certaines références ont été repensées. Là où les paroles anglaises
pouvaient évoquer Debussy, la version lituanienne fait apparaître Čiurlionis.
« C’était aussi une manière de mettre en lumière les compositeurs,
les créateurs, les artistes lituaniens dans mes références. »
Cette transformation passe jusqu’à sa propre voix.
« Je pense que même ma voix, quand je chante, ne sonne pas pareil
en lituanien qu’en anglais. Le timbre de ma voix change un peu, je l’ai observé.
Et le public m’a renvoyé la même sensation, la même impression. »

03
SON & STORYTELLING
Neo-soul, jazz et récits personnels : une identité qui s’affirme
Si le retour au lituanien constitue l’un des piliers de Vasaros Naktys,
l’album marque également une affirmation sonore.
@e2c
« Je dirais que je suis chanteuse neo-soul jazz,
et en même temps j’adore raconter des histoires.
Donc je dirais aussi singer-songwriter, car l’histoire, le poème
et le message de la chanson sont très, très importants pour moi. »
« Pour cet album, je voulais vraiment quelque chose de très produit,
très travaillé, très emballé, vraiment très neo-soul,
et en même temps que ça reste suffisamment acoustique
pour que les chansons puissent aussi sonner en acoustique
quand je les joue avec des musiciens. »
Son identité musicale porte nécessairement la trace de son parcours.
« Je dirais que je suis une voyageuse, que je raconte un parcours
très spécifique de la Lituanienne à Paris,
et que ça se sent dans ma manière de chanter en anglais et aussi en lituanien. »
« Ça se sent dans l’influence parisienne, française,
avec certaines expressions que je traduis.
Et les gens qui comprennent le français et ma langue natale,
ou l’anglais, vont aussi le sentir : j’ai vraiment un background
de quelqu’un qui a passé presque 15 ans à vivre à Paris. »

À ÉCOUTER PENDANT LA LECTURE
Lina Stalytė — Vasaros Naktys
Entrez dans l’univers sonore de l’album pendant la lecture.

L’album se construit également comme un paysage.
« Je veux que la personne se sente à la mer,
qu’elle se sente en train de regarder les vagues,
au moment de l’année ou de la journée qui lui plaît. »
« Chaque chanson correspond à un moment différent de la journée :
le matin, le coucher de soleil, la nuit…
Et on termine, bien sûr, avec Summer Nights,
qui est la chanson du coucher de soleil. »
Pour donner forme à cet univers, Lina est arrivée avec les fondations de ses chansons.
« En fait, moi, je venais vers lui avec des accords,
des chansons, des mélodies, des paroles,
et lui, il m’aidait à créer tout un arrangement autour,
à choisir les instruments, la rythmique, la batterie. »
« Il a aussi trouvé des musiciens qui ont enregistré avec moi.
Et il a vraiment contribué énormément.
On a co-composé cet album ensemble. On a coécrit. »
Mais derrière les arrangements, les rythmiques et la production,
l’histoire personnelle reste le point de départ.
« Toutes les histoires sont très personnelles.
Je me suis vraiment inspirée de mon propre parcours pour écrire cet album. »
« Moi, je pense que quand on est honnête
et qu’on livre quelque chose d’humain, de vécu,
ça touche forcément des gens. Et on ne peut pas choisir.
Parfois ça touche les gens, parfois non. C’est l’auditeur qui choisit. »
« Moi, ce que je peux faire de mon côté
et sur quoi je peux être vraiment sûre,
c’est que je livre le plus vrai de moi-même, le plus honnête.
Et si ça touche et ça parle à l’auditeur, bah tant mieux. »
« Et je laisse à chacun créer sa propre histoire,
son propre imaginaire de ce que la chanson lui représente
et lui fait ressentir. »

04
RETOUR À SOI
Myliu savo kūną, le slow living et la Lina libre
Cette recherche d’honnêteté prend une forme particulièrement directe
dans Myliu savo kūną. À travers le morceau, Lina parle d’amour
et d’acceptation du corps, mais son propos va au-delà de l’apparence.
@e2c
« C’est vraiment une invitation pour moi aussi et pour l’auditeur
de prendre le temps de s’apprécier, de s’aimer, de se donner des compliments,
de prendre soin de soi, de son monde intérieur autant que de son apparence. »
« C’est vraiment ce petit temps qu’on attribue à soi pour revenir à soi.
Et on peut commencer par le corps, parce que le corps,
c’est quelque chose de très tangible. On peut vraiment le toucher, c’est concret. »
« Et je pense que ça, c’est parfois le plus difficile à aimer.
Parce qu’on le voit tout le temps, on se compare.
Et c’est mon invitation à se donner un peu d’amour,
car c’est comme ça qu’on peut se détendre et fleurir. »
« Je pense qu’on est touché par l’intention.
Mon travail en tant que chanteuse, ce n’est pas forcément
de dire les mots, c’est de vivre les mots. »
« Et quand je les vis, j’arrive à vibrer une certaine intention,
une certaine énergie dans le mot. Et c’est cette énergie
qui peut être perçue par celui qui écoute.
En tout cas, c’est mon intention. »
« Et parfois, je me dis que ne pas connaître les mots,
ça ajoute aussi un côté un peu exotique qui permet de voyager par défaut. »
Dans une époque où l’écoute musicale est souvent fragmentée et accélérée,
Lina a également choisi de matérialiser Vasaros Naktys en vinyle.
« Parce que déjà, j’aime les beaux objets,
et aussi, c’est précieux de savoir que quelqu’un écoute un vinyle
en entier, un côté, sans skipper. »
« Et j’apprécie et j’aspire au slow living.
J’espère que ce vinyle peut être non seulement un objet de décoration,
mais aussi une invitation à revenir à un tempo lent. »

CE QUE L’ON DÉCOUVRE DE LINA
Retrouver celle qui « court avec les loups »
À la fin de Vasaros Naktys, quelle Lina reste-t-il lorsque l’on retire
l’image publique de l’artiste ? Sa réponse nous ramène presque exactement
au début de l’histoire : à la nature, aux forêts, à la Lituanie
et à cette partie d’elle-même qu’elle retrouve progressivement.
« Je dirais la facette libre de Lina.
Celle qui lâche prise, qui réunit les gens,
qui célèbre avec les autres, ensemble,
dans une grande forêt, dans la nature. »
« C’est une partie de moi que je n’ai pas vraiment explorée
depuis des années à Paris, et là, je sens qu’elle revient. »
Un morceau en particulier semble cristalliser ce retour : Dream.
« La chanson Dream permet vraiment de l’illustrer.
Elle parle de ce côté sauvage que la nature nous offre,
de la possibilité de se reconnecter à soi-même à travers elle.
Parfois, la nature, avec des éclairs, des tonnerres et d’énormes orages,
peut nous aider à ressentir plus facilement ce qu’on traverse,
nous, en tant qu’humains, et à le canaliser. »
« Dream parle justement de ces grandes forêts lituaniennes,
où on a des rituels, où on célèbre la nature,
où on se réunit et où on est un avec elle.
C’est cette facette-là de moi que j’ai envie de retrouver
et d’offrir davantage. »
Vasaros Naktys apparaît moins comme un simple passage
de l’anglais au lituanien que comme un mouvement beaucoup plus profond :
retrouver une partie de soi sans effacer toutes celles que le voyage a fait naître.

Entrer dans l’univers de Lina Stalytė
Écouter, regarder, suivre l’artiste ou découvrir l’édition vinyle.

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Jazz Radar : de La Nouvelle-Orléans à la nouvelle génération, le jazz reste un langage vivant

Des origines du jazz à La Nouvelle-Orléans jusqu’aux nouvelles scènes mondiales, NEW KG explore l’évolution d’un langage toujours vivant. Découvrez ses figures majeures, Samara Joy, Sophye Soliveau, les artistes à suivre et une playlist de dix titres entre héritage, improvisation et nouvelle génération.

Jazz Radar : de La Nouvelle-Orléans à la nouvelle génération, le jazz reste un langage vivant

Couverture NEW KG Jazz Radar illustrant l’évolution du jazz, de La Nouvelle-Orléans aux scènes contemporaines.
NEW KG Jazz Radar — le jazz, un langage vivant entre héritage et nouvelle génération.

Le jazz change, mais son ADN reste. Né d’une histoire collective, il traverse les époques en absorbant les sons, les technologies et les réalités de chaque génération. Des pionniers de La Nouvelle-Orléans aux scènes contemporaines de Londres, Paris, Johannesburg ou Tokyo, il demeure un langage fondé sur l’improvisation, le dialogue et la liberté.

Pour ce nouveau NEW KG Jazz Radar, nous remontons aux sources du genre avant d’explorer ses transformations, ses artistes du moment, ses nouveaux territoires et une playlist de dix titres pensée comme un voyage entre héritage et nouvelle génération.

Qu’est-ce que le jazz ? Une invention collective

Le jazz se structure à La Nouvelle-Orléans au tournant du XXe siècle, au croisement du blues, du ragtime, des fanfares, des chants religieux afro-américains et des musiques de danse. Des musiciens comme Buddy Bolden et ses contemporains font émerger un jeu plus libre, porté par les rythmes, l’expression individuelle et l’improvisation collective. Cette naissance ne peut donc pas être attribuée à une seule personne : le jazz est d’abord le résultat d’une communauté, d’une ville et de traditions mises en mouvement. Le Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage rappelle notamment le rôle déterminant de La Nouvelle-Orléans, des traditions vocales noires et de l’improvisation collective dans cette histoire.

Plusieurs figures permettent d’entendre les grandes étapes de cette évolution :

  • Louis Armstrong — West End Blues : le solo devient un récit personnel et le musicien affirme une voix immédiatement reconnaissable.
  • Duke Ellington — It Don’t Mean a Thing (If It Ain’t Got That Swing) : l’orchestre, l’arrangement et le swing s’imposent comme des forces créatives.
  • Billie Holiday — Strange Fruit : l’interprétation vocale transforme la chanson en espace de mémoire, d’émotion et de protestation.
  • Charlie Parker — Ornithology : le bebop accélère le langage harmonique et donne une place centrale à la virtuosité improvisée.
  • Miles Davis — So What : le jazz modal ouvre de nouveaux espaces, plus épurés, pour l’écoute et l’improvisation.
  • John Coltrane — Acknowledgement, extrait de A Love Supreme : la recherche musicale devient aussi une quête spirituelle.

Le jazz n’a pas un inventeur unique. Chaque génération en transforme le langage.

Le jazz change. Son ADN reste.

Le jazz contemporain n’est pas une rupture avec le passé. Il prolonge une tradition qui a toujours avancé par transformation. Hier, le swing, les big bands, le bebop et le jazz modal redéfinissaient déjà les règles. Aujourd’hui, les instruments acoustiques dialoguent avec la production électronique, les scènes mondiales développent leurs propres identités et les collaborations avec le rap, le R&B ou les musiques de club multiplient les points d’entrée.

Le hip-hop, la neo-soul, la house, le broken beat, l’électronique, l’Afrobeat et les musiques caribéennes influencent désormais de nombreux projets. Pourtant, quatre éléments continuent de relier les époques : l’improvisation, le groove, le dialogue et la liberté.

Le jazz reste moderne parce qu’il absorbe son époque sans perdre sa mémoire. Cette capacité d’adaptation explique pourquoi il peut aussi bien s’exprimer dans un trio acoustique que dans une production nourrie de synthétiseurs, de samples ou de rythmes électroniques.

Les artistes du moment : une scène ouverte et plurielle

La scène actuelle ne suit pas une direction unique. Le batteur britannique Yussef Dayes fait du rythme, du groove et de la pulsation un langage central. La saxophoniste Nubya Garcia relie jazz, dub, R&B et broken beat. Le pianiste sud-africain Nduduzo Makhathini développe une musique spirituelle profondément ancrée dans son territoire. Le duo DOMi & JD BECK joue, lui, avec la virtuosité, les rythmes complexes et une énergie expérimentale.

Spotlight : Samara Joy

Au centre de cette nouvelle génération, Samara Joy renouvelle le jazz vocal sans se couper de sa grande tradition. Son sens du phrasé, son timbre et son rapport au répertoire l’inscrivent dans une histoire qu’elle ne cherche pas à imiter, mais à prolonger avec sa propre sensibilité.

Son parcours confirme cette place particulière : à l’issue des Grammy Awards 2026, elle totalise six récompenses et son album Portrait a remporté le Grammy du meilleur album de jazz vocal. Le morceau Peace of Mind / Dreams Come True a également été nommé dans la catégorie meilleure performance jazz. Ces résultats sont consultables sur la fiche officielle de Samara Joy sur GRAMMY.com.

À écouter : Peace of Mind / Dreams Come True.

Discovery : Sophye Soliveau, la harpe prend une autre voix

Chanteuse, harpiste et cheffe de chœur, Sophye Soliveau construit une musique où se rencontrent jazz, soul, gospel, R&B et héritages caribéens. Née en région parisienne dans une famille guadeloupéenne, elle détourne la harpe de ses usages attendus pour en faire un instrument de groove, d’improvisation et de liberté.

Son premier album, Initiation, paru en 2024, place la voix, les chœurs et les cordes au cœur d’un récit sur la transmission, la guérison et l’émancipation. L’album est disponible sur la page officielle Bandcamp de Sophye Soliveau, tandis que son univers artistique et son concert au Bozar de Bruxelles sont présentés par France Télévisions.

À écouter : Leave.

Sophye Soliveau relie création contemporaine, héritage caribéen et émotion dans une même respiration.

Le jazz, un langage mondial

Le jazz n’a plus un seul centre. Chaque scène le transforme avec son histoire, ses rythmes et sa langue.

  • États-Unis : de Samara Joy à Kamasi Washington, la tradition rencontre le jazz vocal, la spiritualité et de nouvelles formes orchestrales.
  • Royaume-Uni : Yussef Dayes et Nubya Garcia incarnent une scène où le groove croise le broken beat, le dub, le hip-hop et les cultures de club.
  • France et Caraïbes : Sophye Soliveau, Sélène Saint-Aimé et daoud relient soul, improvisation, héritages caribéens et expérimentation.
  • Afrique du Sud : Nduduzo Makhathini et Linda Sikhakhane prolongent une histoire du jazz spirituel nourrie par les mémoires et les rythmes sud-africains.
  • Japon : Hiromi fait dialoguer virtuosité, fusion, énergie et sens de la composition.

Comment écouter le jazz sans être expert ?

Il n’est pas nécessaire de connaître toutes les périodes ou tous les standards pour entrer dans le jazz. Une écoute simple peut commencer par cinq repères :

  1. Le thème : repérez la mélodie qui sert de point de départ.
  2. Le rythme : écoutez le swing ou le groove qui fait avancer le morceau.
  3. L’improvisation : identifiez le moment où chaque musicien crée sa propre trajectoire.
  4. Le dialogue : observez comment les instruments se répondent, se soutiennent et se surprennent.
  5. Le silence : laissez les espaces et les respirations faire partie de la musique.

Le conseil NEW KG : choisissez un instrument, suivez-le pendant quelques secondes, puis revenez à la conversation entière. Le jazz ne s’écoute pas comme un examen. Il se ressent, s’explore et se redécouvre.

Pourquoi le jazz séduit-il une nouvelle génération ?

Le jazz offre aujourd’hui ce que beaucoup d’auditeurs recherchent : un langage vivant, libre et sans frontières.

  • L’hybridation : le hip-hop, la soul, le R&B et les musiques électroniques réinventent ses codes.
  • La liberté : l’improvisation valorise la singularité et la spontanéité.
  • Le live : chaque concert devient une expérience unique et collective.
  • Les nouvelles voix : de jeunes artistes renouvellent les esthétiques et les récits.
  • La découverte numérique : les playlists et les réseaux sociaux relient les classiques aux nouveaux talents.

La nouvelle génération ne copie pas le jazz d’hier : elle le sample, le mélange et l’emmène ailleurs.

Watchlist NEW KG : cinq trajectoires à suivre

Ces artistes et collectifs ne résument pas à eux seuls le jazz contemporain. Ils dessinent toutefois cinq trajectoires qui montrent comment le genre se réinvente à travers les instruments, les territoires et les influences.

La playlist : NEW KG Jazz Selection

Dix titres pour traverser l’histoire du jazz, entendre ses transformations et découvrir quelques-unes de ses nouvelles voix :

  1. Miles Davis — So What
  2. John Coltrane — Naima
  3. Nina Simone — Sinnerman
  4. Herbie Hancock — Cantaloupe Island
  5. Nubya Garcia — The Seer
  6. Yussef Dayes — Black Classical Music
  7. Nduduzo Makhathini & Robin Fassie — Kuzodlula
  8. sophye soliveau — Leave
  9. Linda Sikhakhane feat. Omagugu — Days Begin To Sing
  10. Your Brother’s Keeper & Gary Bartz — Ground Loop

Écouter la playlist sur Spotify

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NEW KG Jazz Radar explore les héritages, les scènes et les artistes qui font évoluer le jazz aujourd’hui. Sélection éditoriale non exhaustive.

 

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