Cap-Vert : de la morna au funaná, les voix d’un archipel


NEW KG  /  FOCUS PAYS  /  CAP-VERT

Dix îles, des voix qui traversent l’Atlantique et bien plus d’un rythme à découvrir.

Il suffit parfois de quelques notes de « Sodade » pour reconnaître le Cap-Vert. La voix de Cesária Évora a fait connaître la morna bien au-delà de l’archipel. Mais que se passe-t-il si l’on reste encore un peu ? On entend le frottement du ferrinho, les voix des batukadeiras, une coladeira qui appelle la danse, puis une nouvelle génération qui fait voyager le kriolu dans d’autres productions.

Ce Focus Pays NEW KG suit ces fils sans prétendre enfermer tout un pays dans quelques titres. Chaque partie propose un contexte, une piste d’écoute et une vidéo à regarder. La playlist Spotify, en fin d’article, permet ensuite de poursuivre la traversée à son rythme.

La musique cap-verdienne se raconte au pluriel : d’une île à l’autre, d’une génération à la suivante, chaque voix déplace le paysage.

Un archipel, une langue qui voyage

Cabo Verde compte dix îles, dont neuf sont habitées, au large de la côte ouest-africaine. Les îles du Barlavento, au nord, et celles du Sotavento, au sud, composent un même pays, sans offrir partout le même paysage ni les mêmes scènes musicales. Mindelo, sur São Vicente, tient une place forte dans l’histoire de la morna ; Santiago, où se trouve la capitale Praia, est un repère essentiel pour le batuque et le funaná. Cette géographie donne un premier conseil : lorsqu’un morceau vous plaît, cherchez aussi l’île et le parcours de la personne qui l’interprète.

Le portugais est la langue officielle. La langue cabo-verdienne, souvent appelée kriolu, est au cœur des échanges quotidiens et de la création. Elle est issue d’une histoire de contacts entre langues africaines et portugais dans un contexte colonial ; ses usages et ses sonorités varient selon les îles. Dans la chanson, elle devient une manière directe de raconter l’amour, le départ, les tensions sociales, la fête ou la famille. Une phrase chantée peut passer de la confidence à la réponse d’un chœur : le sens se construit aussi dans cette relation entre les voix.

La circulation des artistes et des familles a prolongé ces musiques au-delà de l’archipel. Une chanson peut garder le souvenir d’un lieu tout en trouvant une vie nouvelle sur une autre scène. Pour situer cette diversité avant d’entrer dans les styles, regardez la courte vidéo culturelle de Visit Cabo Verde, puis revenez au son : que reconnaissez-vous quand les paysages disparaissent de l’écran ?

À voir : « Culture & Tradition | Cabo Verde », dans la sélection vidéo de Visit Cabo Verde. Voir sur YouTube.

La morna : une poésie que l’on joue, chante et danse

La morna figure depuis 2019 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Cette reconnaissance porte sur une pratique vivante, pas seulement sur des enregistrements célèbres. Voix, musique, poésie et danse s’y rencontrent ; la morna peut aussi être interprétée sans chant. Guitare, violon et autres instruments à cordes accompagnent une mélodie dont la force tient autant à la manière de la jouer qu’aux notes elles-mêmes.

Ses textes peuvent parler d’amour, de départ, de séparation, de retrouvailles et du pays. Le mot sodade aide à comprendre une part de ce répertoire, mais il ne faut pas l’entendre comme une humeur uniforme. Une voix peut être retenue, chaleureuse, grave ou lumineuse ; un même sujet change selon la personne qui l’interprète. La morna se transmet aussi lors de rencontres, de fêtes et de moments de la vie familiale. Le documentaire présenté dans le dossier de l’UNESCO permet de voir cette pratique au-delà d’une seule figure artistique.

À voir : le film consacré à la morna dans le dossier d’inscription de l’UNESCO. Voir sur YouTube.

Cesária Évora est devenue, pour beaucoup, la première rencontre avec la musique cap-verdienne. Sa manière de chanter « Sodade » laisse une place immense aux mots et à l’accompagnement. Mais cette histoire compte d’autres grandes voix : Bana, Ildo Lobo et tant d’interprètes qui ont fait vivre leurs répertoires sur les îles et dans la diaspora. Les écouter après Cesária évite de confondre un genre entier avec une seule chanson.

Dans la vidéo suivante, essayez de suivre successivement trois choses : la voix, les cordes, puis le silence juste avant le retour d’une phrase. On entend alors comment une interprétation peut raconter même lorsqu’elle semble suspendre le temps.

À écouter : Cesária Évora, « Sodade », sur sa chaîne officielle. Voir sur YouTube.

Coladeira, batuque, funaná : trois autres façons d’entrer dans la musique

La morna n’est qu’une porte d’entrée. Le Cap-Vert possède aussi des musiques où l’élan de la danse, la parole collective et l’énergie de l’accordéon prennent des places très différentes. Les trois vidéos qui suivent permettent d’entendre ces écarts, sans réduire chaque genre à une formule unique.

La coladeira : la chanson dans le mouvement

Plus vive dans son élan, la coladeira donne envie de suivre la pulsation et le jeu du chant. Selon les morceaux, la voix raconte, s’amuse, interpelle ; les instruments lui laissent des espaces pour rebondir. Le genre a évolué au contact d’autres rythmes atlantiques et latino-américains. Dans « Dança ma mi Criola », Tito Paris offre un point d’écoute particulièrement vivant : regardez comment il conduit le morceau et comment le public lui répond.

À voir : Tito Paris, « Dança ma mi Criola » en concert, vidéo publiée par Lusafrica. Voir sur YouTube.

Le batuque : des voix qui se répondent

Le batuque, ou batuku, est une pratique de musique et de danse particulièrement associée à Santiago. Les batukadeiras y font entendre la force du groupe : une voix mène, d’autres répondent, tandis que la percussion organise l’élan commun. Ce n’est pas seulement un effet sonore. L’écoute change lorsqu’on voit qui lance une phrase, qui la reprend et comment le rythme se partage entre les participantes.

La vidéo du groupe Pé na Tradison, documentée dans le projet Mulleres a Fronte, a été filmée à Ribeira Grande de Santiago. Elle donne à voir une pratique portée par ses interprètes. Prenez le temps de regarder les réponses du groupe avant de revenir à la voix soliste : leur relation fait avancer le morceau.

À voir : Pé na Tradison, performance filmée pour Mulleres a Fronte. Voir sur YouTube ou découvrir le projet et les interprètes.

Le funaná : la gaita et le ferrinho

Fortement lié à l’intérieur de Santiago, le funaná repose notamment sur le dialogue entre la gaita, accordéon diatonique, et le ferrinho, pièce métallique frottée pour marquer le rythme. On peut entendre la mélodie partir de l’accordéon, puis sentir comment la pulsation lui donne une autre urgence. Des groupes comme Bulimundo ont joué un rôle dans la diffusion de ce son ; Ferro Gaita en propose une autre incarnation collective et dansante.

Le classement du funaná comme patrimoine culturel immatériel national en 2024 concerne une pratique transmise par des musiciens, des chanteurs et des danseurs. La vidéo de Ferro Gaita permet de regarder les instruments autant que d’écouter le refrain. Essayez de garder votre attention sur le ferrinho pendant quelques mesures : vous entendrez mieux ce qui soutient le mouvement.

À voir : Ferro Gaita, « Rei Di Tabanka », vidéo publiée par Lusafrica. Voir sur YouTube.

Des héritages qui nourrissent les scènes actuelles

Une tradition reste vivante parce que les artistes peuvent la reprendre, la discuter et lui donner leur propre forme. Lucibela, née à São Nicolau puis passée par Mindelo et Praia, chante la morna et la coladeira sans chercher à devenir une copie de Cesária Évora. Dans « Lembra Tempo », sa voix invite à écouter ce qu’elle choisit de prolonger, mais aussi ce qui lui appartient.

À écouter : Lucibela, « Lembra Tempo », vidéo produite par Lusafrica. Voir sur YouTube.

Elida Almeida vient de Santiago. Son écriture personnelle s’ouvre au batuque, au funaná, à la coladeira et à des arrangements contemporains. « Nta Konsigui » donne à entendre la place du récit intime dans cette trajectoire. Écoutez comment l’intensité de sa voix modifie la chanson, même lorsque l’accompagnement reste mesuré.

À écouter : Elida Almeida, « Nta Konsigui », sur sa chaîne officielle. Voir sur YouTube.

Mayra Andrade ouvre encore d’autres horizons. Née à Cuba, elle a grandi au Cap-Vert et construit une trajectoire artistique entre plusieurs lieux et sonorités. « Afeto » offre une écoute attentive à la voix et à une production différente des repères entendus plus haut. Le passage d’une vidéo à l’autre montre qu’il n’existe pas un unique son cap-verdien contemporain.

Soraia Ramos et Dino D’Santiago prolongent, chacun à sa manière, les dialogues avec la pop et les scènes de la diaspora. Ces parcours ne se confondent pas : c’est leur diversité qui donne envie de chercher au-delà des titres les plus connus.

À écouter : Mayra Andrade, « Afeto », vidéo officielle. Voir sur YouTube.
NEW KG / DISCOVERY

Samoel de Sousa : mémoire en mouvement

Chanteur et guitariste cap-verdien basé à Paris, Samoel de Sousa construit avec Traços de Memória un projet autour des souvenirs, de l’appartenance et de la transmission. Cette démarche donne une place aux histoires personnelles et à ce que l’on emporte d’un pays vers un autre.

La vidéo de « Rekadu » montre une autre facette de son travail, liée à l’expression spirituelle. Elle n’est pas présentée comme un extrait de Traços de Memória : c’est une première rencontre avec sa voix et son écriture. Écoutez la place du chant et du kriolu avant de suivre ses projets plus récents.

À voir : Samoel de Sousa, « Rekadu », vidéo Kriolu Gospel. Voir sur YouTube.

À ÉCOUTER · PLAYLIST NEW KG

Les voix d’un archipel

Après les vidéos, place à une écoute continue. Lancez la playlist, repérez une voix ou un instrument qui vous intrigue, puis revenez sur le titre pour mieux l’entendre. Les vidéos et la sélection Spotify sont deux parcours complémentaires ; leur contenu et leur ordre peuvent différer.

Le lecteur ne s’affiche pas ? Ouvrir la playlist sur Spotify.

Le Cap-Vert ne se laisse pas réduire à une voix, à une île ou à un sentiment. Revenez sur un morceau après en avoir découvert un autre, comparez deux interprétations, suivez un nom nouveau et écoutez les mots en kriolu avec curiosité. Ce Focus n’est qu’un début : les chansons donnent elles-mêmes les meilleures pistes pour continuer.

Quelle voix vous donne envie de poursuivre le voyage ? Partagez votre découverte avec @newkgofficial.

MC Solaar : « 5ème As » revient 25 ans après dans une réédition spéciale

NEW KG · MUSIC

MC Solaar : « 5ème As » revient 25 ans après dans une réédition spéciale

Le classique de MC Solaar fera son retour le 18 septembre 2026 avec plusieurs éditions collector, des raretés et un inédit.

 

Il y a des albums qui appartiennent à une époque. Et puis il y a ceux qui continuent à traverser les générations.
« 5ème As » fait partie de cette deuxième catégorie.

Sorti en 2001, l’album emblématique de MC Solaar revient dans les bacs vingt-cinq ans plus tard.
Pour l’occasion, Warner Music France prépare plusieurs éditions physiques, dont des vinyles limités
et une version 2 CD enrichie de raretés.

À retenir

Sortie : 18 septembre 2026

Album : « 5ème As »

Artiste : MC Solaar

Formats : éditions vinyles collector et édition limitée 2 CD

Bonus : versions rares et « Solaar Weeps », annoncé comme inédit

01 · L’album

« 5ème As », l’album de la consécration

Sorti initialement en 2001, « 5ème As » marque une étape importante dans la carrière de MC Solaar.
Le disque rencontre un important succès populaire et critique et décroche un
double disque de platine.

Le projet rassemble plusieurs éléments devenus indissociables de l’univers du rappeur :
une écriture précise, des rimes travaillées, une attention particulière portée aux mots
et une production qui fait dialoguer narration, mélancolie et énergie.

« Solaar Pleure », « Hasta la Vista », « La Belle et le Bad Boy »…
plusieurs morceaux de « 5ème As » ont largement dépassé leur époque.

On retrouve également sur le disque « RMI », « Les Colonies », « Baby Love »,
« Le Cinquième As » ou encore « Si je meurs ce soir ».

À voir · MC Solaar — « 5ème As »

02 · Les éditions

Une réédition pensée pour les collectionneurs

Pour célébrer les vingt-cinq ans de l’album, Warner Music France propose plusieurs formats physiques,
dont plusieurs éditions limitées.

Édition ultra-limitée

« Fifth Ace » — double vinyle crème

L’édition internationale de l’album, initialement sortie à l’export,
revient en double vinyle couleur crème et contient des titres exclusifs.

Édition limitée Fnac

Double vinyle couleur or

L’album original avec sa pochette originale, une nouvelle gravure
et une présentation double vinyle gatefold couleur.

Vinyle

Double vinyle noir 140 g

Une édition standard permettant de retrouver l’album original au format double vinyle.

Édition limitée

2 CD Digipak

Le premier disque contient l’album original tandis que le second réunit
plusieurs versions rares et inédites en France.

03 · Les archives

Le véritable bonus : raretés et inédit

Pour celles et ceux qui connaissent déjà l’album,
la véritable curiosité de cette réédition se trouve sur le second CD.

CD2 · Bonus

01 · ¡Hasta La Vista Mi Amor! — Intro

02 · ¡Hasta La Vista Mi Amor! — Spanish Version

03 · Samedi Soir

04 · Solaar Pleure — Symphonic Version

05 · Solaar Weeps

Inédit

Parmi ces bonus, « Solaar Weeps » est annoncé comme inédit.
Le disque comprend également « Samedi Soir », une version espagnole
de « Hasta La Vista Mi Amor! » et une version symphonique de « Solaar Pleure ».

04 · Portrait

MC Solaar, une signature à part

MC Solaar occupe depuis plusieurs décennies une place singulière dans le rap francophone.
Son identité artistique repose notamment sur son rapport aux mots, au rythme et à la narration.

Jeux de langage, images, observation sociale et introspection
traversent une écriture devenue immédiatement identifiable.

Dans cette trajectoire, « 5ème As » constitue l’un des albums
qui illustrent le mieux sa capacité à faire dialoguer rap,
poésie et recherche mélodique.

Plus qu’une simple ressortie, cette édition participe à la transmission
d’un album qui a marqué l’histoire du rap francophone.
Vingt-cinq ans plus tard, « 5ème As » peut retrouver son public
tout en rencontrant une nouvelle génération d’auditeurs.


Le regard NEW KG

Rendez-vous le 18 septembre

« 5ème As » sera de nouveau disponible le 18 septembre 2026 chez Warner Music France.

Vinyles collector, édition 2 CD, raretés et inédit :
cette nouvelle édition offre une nouvelle occasion de replonger
dans l’un des albums marquants de la discographie de MC Solaar.

Artiste : MC Solaar

Album : « 5ème As »

Date de sortie : 18 septembre 2026

Label : Warner Music France

 

Musique malgache : du valiha au salegy, voyage au cœur des rythmes de Madagascar

NEW KG • FOCUS PAYS

Madagascar : du valiha au salegy, une île aux rythmes pluriels

Entre traditions ancestrales, guitares électriques, chants de transmission et nouvelles scènes urbaines, la musique malgache raconte une île multiple, inventive et profondément vivante.

Située dans l’océan Indien, au large du continent africain, Madagascar possède un patrimoine musical d’une diversité remarquable. Ses sonorités portent les traces de circulations africaines, austronésiennes, arabes, européennes et indo-océaniques, réinterprétées au fil des générations.

Pourtant, parler de « musique malgache » au singulier serait réducteur. Chaque région possède ses propres rythmes, instruments, langues, pratiques sociales et façons de transmettre les histoires.

Du valiha des Hautes Terres au salegy du Nord, du tsapiky du Sud-Ouest aux scènes rock et urbaines d’Antananarivo, l’île compose une véritable cartographie sonore. Pour cette nouvelle étape du NEW KG Music Atlas, nous explorons les artistes, les instruments et les mouvements qui font de Madagascar un territoire musical singulier.

01 — CARTOGRAPHIE SONORE

Une île, plusieurs territoires musicaux

La géographie de Madagascar joue un rôle essentiel dans la diversité de ses musiques. Les Hautes Terres centrales, les côtes du Nord, la région de Toliara au Sud-Ouest et les territoires du Sud possèdent des traditions distinctes.

Les instruments, les rythmes et les fonctions sociales de la musique évoluent ainsi d’une région à l’autre. Dans certaines communautés, elle accompagne les fêtes, les mariages, les funérailles ou les cérémonies consacrées aux ancêtres.

Ailleurs, elle devient chronique sociale, expression politique ou espace de contestation. Elle peut faire danser, transmettre une généalogie, raconter une migration ou interroger la société contemporaine.

« Songs for Madagascar » : un voyage à travers la création et les territoires musicaux malgaches.

02 — INSTRUMENTS

Valiha, marovany et kabosy : les cordes de Madagascar

Souvent considéré comme l’instrument national de Madagascar, le valiha est une cithare tubulaire traditionnellement fabriquée à partir de bambou. Son timbre clair et délicat accompagne aussi bien des répertoires de cour que des musiques populaires et familiales.

Le marovany, autre forme de cithare, possède une caisse rectangulaire et des cordes disposées sur ses deux faces. Le kabosy, petit instrument proche de la guitare, occupe également une place importante dans les musiques rurales et populaires.

Des musiciens comme Justin Vali et Rajery ont contribué à faire voyager le valiha bien au-delà de l’île. Rajery a développé une approche très personnelle de l’instrument, transformant une contrainte physique en technique musicale singulière.

L’accordéon, la guitare acoustique et la sodina, flûte traditionnelle malgache, complètent cette palette instrumentale. Avec Régis Gizavo, l’accordéon malgache a lui aussi trouvé une audience internationale.

Rajery fait entendre la richesse mélodique du valiha sur la scène internationale.


Découvrir le portrait de Rajery

03 — MÉMOIRE COLLECTIVE

Mahaleo : chanter le quotidien et les aspirations d’un peuple

Formé au début des années 1970 dans le contexte des mouvements étudiants, Mahaleo est devenu l’un des groupes les plus emblématiques de Madagascar. Ses chansons acoustiques parlent d’amour, de jeunesse, de liberté, de solidarité et des difficultés du quotidien.

Avec des titres comme « Ianao » ou « Ravorondreo », le groupe a construit un répertoire transmis entre les générations. Ses textes s’appuient souvent sur les images, les proverbes et la poésie orale malgaches pour évoquer les réalités sociales sans imposer une lecture unique.

Cette manière de transformer l’expérience collective en chanson explique la longévité de Mahaleo. À Madagascar comme au sein de la diaspora, son œuvre demeure associée à la mémoire, au partage et à la possibilité de résister ensemble.

Dans un registre plus électrifié, Rossy a également participé à la modernisation des musiques populaires malgaches, en rapprochant rythmes régionaux, accordéon, instruments amplifiés et énergie scénique.

Mahaleo — « Ravorondreo », un classique de la mémoire musicale malgache.

04 — LE NORD EN MOUVEMENT

Le salegy : la pulsation populaire de l’île

Né dans le Nord et le Nord-Ouest de Madagascar, le salegy est aujourd’hui l’un des genres malgaches les plus reconnus. Son rythme rapide, ses guitares électriques, ses lignes de basse, ses claviers et ses chants en réponse créent une musique immédiatement dansante.

Le morceau s’intensifie souvent pendant une séquence appelée folaka. Les voix laissent davantage de place aux instruments, tandis que les battements de mains et la danse renforcent l’énergie collective.

Jaojoby, souvent surnommé le roi du salegy, a joué un rôle majeur dans la transformation et la diffusion internationale du genre. Sa musique a contribué à faire du salegy un langage populaire partagé dans toute l’île.

Ninie Doniah, figure essentielle de la scène de Nosy Be disparue en 2023, a imposé une voix féminine puissante dans un univers longtemps dominé par les hommes. Son héritage reste indissociable de l’histoire moderne du salegy.

Jaojoby — « Malemilemy », l’énergie du salegy portée par l’une de ses figures majeures.

05 — LE SUD-OUEST ÉLECTRIQUE

Le tsapiky : danser avec les vivants et les ancêtres

Dans la région de Toliara, au Sud-Ouest, le tsapiky se reconnaît à ses guitares électriques rapides, ses lignes rythmiques répétitives et son intensité presque hypnotique. Il accompagne notamment des célébrations familiales et certaines cérémonies funéraires pouvant durer plusieurs jours.

Cette musique ne sépare pas clairement le spectacle de la vie communautaire. Les musiciens répondent aux danseurs, la durée de la performance s’adapte à la cérémonie et la répétition produit progressivement une forme de transe collective.

Le guitariste Damily compte parmi les principaux ambassadeurs contemporains du tsapiky. Son album Fihisa, publié en 2025, poursuit cette transmission tout en conservant la force brute et la dimension collective du genre.

En 2025, le tsapiky a été inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance souligne autant sa valeur musicale que son rôle social dans les communautés du Sud-Ouest malgache.

Damily et le Toliara Tsapiky Band — « Zao Lehireo », enregistré à Madagascar.

06 — NOUVELLES SCÈNES

Rock, pop et création numérique : Madagascar au présent

La musique malgache contemporaine ne se limite pas à la conservation de formes anciennes. Une nouvelle génération utilise le rock, la pop, les productions électroniques et les plateformes numériques pour parler de son époque.

Originaire d’Antananarivo, The Dizzy Brains développe un rock frontal porté par des textes consacrés aux inégalités, à la corruption, à la précarité et au manque de perspectives. Leur musique démontre qu’une esthétique internationale peut devenir le véhicule d’une parole profondément locale.

Avec sa basse mise au premier plan, Kristel défend une identité rock puissante, moderne et exportable. Le groupe s’inscrit dans une scène alternative malgache qui refuse les catégories trop étroites.

Des artistes comme LJO, ainsi que les nouvelles voix qui circulent entre Madagascar, l’océan Indien et la diaspora, prolongent cette dynamique. Le streaming et les réseaux sociaux permettent désormais aux créations locales d’atteindre directement de nouveaux publics.

The Dizzy Brains — « Kère », le rock malgache comme espace de contestation.

Kristel — « My Bass », une expression contemporaine de la scène alternative malgache.

LA SÉLECTION NEW KG

Madagascar — Du valiha au salegy

Dix chansons pour parcourir les instruments traditionnels, la mémoire populaire, le salegy et les nouvelles expressions musicales de Madagascar.

Playlist disponible sur le Spotify de NEW KG


Ouvrir la playlist sur Spotify

Madagascar, une musique en mouvement

Du son cristallin du valiha à la vitesse du tsapiky, des guitares de Mahaleo à l’énergie du salegy, Madagascar révèle une culture musicale qui refuse de choisir entre héritage et modernité.

Les instruments anciens continuent de dialoguer avec les amplificateurs, les studios et les plateformes numériques. Les artistes ne se contentent pas de préserver une tradition : ils la transforment pour qu’elle puisse continuer à raconter le présent.

Explorer la musique malgache, c’est découvrir une île où chaque région possède sa propre pulsation, mais où la musique conserve une même fonction essentielle : rassembler, transmettre et faire vivre la mémoire.

Quel son malgache vous a le plus surpris ?

Écoutez la playlist, partagez votre découverte et poursuivez le voyage à travers les cultures musicales du monde avec NEW KG.


Écouter sur Spotify

Nouvelle-Calédonie : du chant kanak au kanéka, une scène musicale en mouvement

NEW KG • Focus pays • Nouvelle-Calédonie

Dans cet archipel du Pacifique, la musique est à la fois mémoire, langage et mouvement. Des polyphonies des Îles Loyauté au kanéka, elle raconte une histoire qui se transmet tout en inventant de nouvelles formes.

Nouvelle-Calédonie : du chant kanak au kanéka, une scène musicale en mouvement

Un archipel, plusieurs voix

Écouter la Nouvelle-Calédonie, c’est entendre des langues, des îles et des mémoires qui ne se laissent pas réduire à un seul genre.

La Grande Terre, les Îles Loyauté et les communautés qui composent l’archipel portent des pratiques musicales distinctes. Les chants, les rythmes, les guitares, les chœurs et les formes contemporaines y dialoguent avec la coutume, l’histoire coloniale, les luttes, la foi, l’attachement à la terre et l’ouverture vers le reste du Pacifique.

Ce Focus NEW KG ne cherche donc pas un folklore figé. Il suit une circulation : celle qui va des répertoires transmis entre générations aux artistes qui mêlent aujourd’hui kanéka, reggae, folk, slam, électro, rock ou pop.

01 — Héritages vivants

Avant l’industrie, la musique est mémoire

Le chant comme lien

Dans les Îles Loyauté, les répertoires polyphoniques témoignent d’une histoire faite d’appropriations, de transmissions religieuses et de réinterprétations locales. L’anethem, notamment, est un chant mixte à quatre voix devenu une pratique collective vivante.

Langues, gestes et rythmes

Le patrimoine musical ne se sépare pas des langues kanak, des danses, des cérémonies et des rapports au lieu. Les formes évoluent, mais leur fonction demeure : rassembler, raconter, honorer et transmettre.

À approfondir : Inventaire national du patrimoine culturel immatériel et fiche consacrée à l’anethem.

02 — Le grand tournant

Kanéka : le son d’une affirmation

Le kanéka se structure collectivement au milieu des années 1980, dans une période d’affirmation culturelle et politique kanak. Sa force vient d’un principe clair : faire entrer les rythmes, les langues et les imaginaires kanak dans une forme populaire contemporaine.

Reggae, rock, blues et influences afro-caribéennes y rencontrent des rythmiques locales, des chants responsoriaux, des percussions et une manière propre d’habiter le tempo. Le kanéka ne se résume donc pas à un « reggae calédonien ». Le reggae fait partie de ses influences, mais le genre trouve son identité dans les cultures et les pulsations de l’archipel.

Un genre musical peut être moderne sans rompre avec ce qu’il porte : le kanéka transforme la transmission en force créative.

03 — Voix fondatrices

Les groupes et artistes qui ont marqué le kanéka

OK! Ryos

Une référence essentielle pour comprendre l’essor du genre et sa capacité à unir engagement, danse et langue.

Gurejele

Le groupe de Maré a inscrit ses mélodies, ses chœurs et son énergie dans la mémoire populaire du kanéka.

Edou & Mexem

La trajectoire d’Edou, originaire de Lifou, accompagne l’émergence de la scène dès la fin des années 1980, de Drui à Mexem puis en solo.

Vamaley

Associé à Voh, Vamaley appartient aux formations qui ont donné au kanéka ses ancrages régionaux et sa portée collective.

Bwanjep

Venue de Hienghène, la formation compte parmi les noms historiques qui ont contribué à fixer et diffuser le langage du kanéka.

Dick & Hnatr

Deux voix liées à Nengone qui rappellent la richesse des scènes insulaires et des lignées artistiques propres aux Loyauté.

Repères : Kaneka Legend — Le Mouv’, biographie d’Edou et entretien consacré aux débuts du kanéka.

04 — Une scène plurielle

Le kanéka n’est pas la fin de l’histoire

Il demeure un socle majeur, mais les artistes de Nouvelle-Calédonie circulent désormais entre plusieurs esthétiques. L’enjeu n’est plus de choisir entre héritage et modernité : il est de créer à partir des deux.

Kanéka
Reggae & dub
Folk & pop
Slam & poésie
Rock & blues
Électro & fusion

05 — À écouter aujourd’hui

Huit artistes, huit portes d’entrée

Marcus GadRoots reggae, spiritualité et rayonnement international.
SyaFolk, pop mélodique, langues kanak et attention au vivant.
Paul WamoSlam, poésie, mémoire collective et textures électroniques.
HyarisonUn kanéka contemporain porté par la scène de Hienghène.
TyssiaUne voix de la scène calédonienne actuelle, entre identité et ouverture.
CidoriTradition, reggae et langue paicî depuis Poindimié.
Florent MoroUne écriture qui élargit le paysage des musiques locales.
Kapa KapaDanses et rythmes kanak au contact du jazz, du funk et du rock.

Spotlight NEW KG

Sya, une douceur qui porte loin

Originaire de Maré, Sya relie reggae, folk, pop mélodique et influences traditionnelles calédoniennes. Guitare acoustique, percussions, chœurs et langues kanak installent une musique lumineuse, traversée par la mer, la mémoire, l’identité et l’environnement.

Après un premier album paru en 2024, l’artiste a fait l’objet d’une captation de concert à La Cocotte, à Nouméa, enregistrée le 2 décembre 2025 puis diffusée sur France 4 et france.tv le 20 juillet 2026. Une visibilité nationale qui illustre la circulation nouvelle des voix de l’archipel.

06 — Circulations

Du territoire au grand Pacifique

La musique calédonienne circule depuis longtemps entre les îles, la Grande Terre, les scènes du Pacifique et l’Hexagone. Les parcours d’Edou et de Mexem ont ouvert des routes régionales ; Marcus Gad inscrit aujourd’hui une identité née en Nouvelle-Calédonie dans les réseaux internationaux du roots reggae.

Les plateformes ont élargi l’accès, sans effacer les obstacles : éloignement géographique, coûts de déplacement, fragilité des infrastructures et besoin de mieux documenter les œuvres. D’où l’importance de citer les langues, les lieux et les filiations, plutôt que de transformer toute création venue de l’archipel en simple décor « tropical ».

Repère culturel — septembre 2026

Le poète et musicien Paul Wamo doit présenter ÉTAT D’URGENCE à l’Université de la Nouvelle-Calédonie le 15 septembre 2026 : un projet de quatorze titres né de textes écrits entre février et décembre 2024, à la croisée du slam, de la musique et de la mémoire collective.

Informations publiées par l’UNC le 30 juillet 2026. Programme à revérifier auprès de l’organisateur avant déplacement.

La sélection NEW KG

Nouvelle-Calédonie — Du kanéka aux nouvelles scènes

Dix titres pour traverser plusieurs générations : des pionniers du kanéka aux voix qui font évoluer aujourd’hui les musiques calédoniennes. La playlist est disponible sur le Spotify de NEW KG.

Les 10 titres de la sélection

  1. Gurejele — Watolea (Remasterisé)
  2. OK! Ryos — Kini kinibut
  3. Mexem — Dire que je l’aime
  4. Edou — One Love
  5. Marcus Gad, A7JK — Kanake
  6. Hyarison — Kare-tchin
  7. Nodeak — Mariage
  8. Dick Buama — Petite fleur
  9. Bagna — Ma hoe
  10. Bethela — Koibotr

Pour aller plus loin

Comprendre la musique de Nouvelle-Calédonie

Qu’est-ce que le kanéka ?

Le kanéka est un genre musical né en Nouvelle-Calédonie et structuré au milieu des années 1980. Il associe rythmes et langues kanak à des influences comme le reggae, le rock, le blues et certaines musiques afro-caribéennes.

Le kanéka et le reggae sont-ils la même musique ?

Non. Le reggae est une influence importante du kanéka, mais celui-ci possède ses propres ancrages rythmiques, culturels, linguistiques et historiques kanak.

Quels artistes de Nouvelle-Calédonie écouter ?

Pour découvrir plusieurs générations, commencez par OK! Ryos, Gurejele, Edou, Mexem et Bwanjep, puis poursuivez avec Marcus Gad, Sya, Paul Wamo, Hyarison, Cidori ou Kapa Kapa.

Où écouter la playlist Nouvelle-Calédonie de NEW KG ?

La playlist NEW KG Focus : Nouvelle-Calédonie — Du kanéka aux nouvelles scènes est intégrée ci-dessus et disponible sur le compte Spotify de NEW KG.

À retenir

Une musique n’est jamais loin de son territoire

En Nouvelle-Calédonie, créer signifie souvent relier : les générations, les langues, les îles, le pays kanak et le monde. Le kanéka en est l’expression la plus connue, mais toute la scène montre aujourd’hui que l’identité n’est pas une frontière. C’est une matière vivante.

Quelle voix calédonienne NEW KG devrait-il mettre en lumière ensuite ?

Sources et repères

Informations culturelles et événementielles vérifiées le 30 août 2026. Les programmations peuvent évoluer : consultez les organismes cités avant tout déplacement.

Restez connecté à NEW KG

Cultures, musiques et nouvelles voix du monde.

FACEBOOK
—
X
—
INSTAGRAM
—
SPOTIFY

www.new-kg.com · contact@new-kg.com