Deylise : entre guitare, vagues intérieures et liberté rock
D’Issy-les-Moulineaux aux scènes anglaises, de la guitare apprise seule
dans une chambre aux arrangements qu’elle façonne aujourd’hui elle-même,
Deylise construit un univers où le rock, la pop et le folk avancent au rythme
de l’instinct. Une musique traversée par les villes, les départs, les vagues,
les guitares et le besoin d’écrire ce qui doit exister.
Si la vie de Deylise devait s’ouvrir comme un carnet de tournée,
les premières pages parleraient d’Issy-les-Moulineaux, des bars parisiens,
des scènes ouvertes du Réacteur puis de celles de la capitale.
Elles mèneraient ensuite vers l’Angleterre, qui a bouleversé sa vision,
son style et son rapport à la musique. Enfin, elles s’arrêteraient sur la composition :
écrire toujours, suivre son instinct, laisser la chanson prendre forme
presque impatiemment.
Quand la guitare devient un refuge
Deylise commence la musique à un moment fragile de sa vie.
À l’origine, il n’est pas encore question de carrière,
encore moins de stratégie ou d’industrie.
Il s’agit d’abord de s’évader.
D’écrire des chansons pour penser à autre chose.
De trouver, dans le son des cordes et dans les mots,
un espace où respirer autrement.
Puis cette échappée devient une passion.
Une passion si forte qu’elle finit par s’imposer comme une évidence :
aller vers la musique, puis en faire un métier,
n’était plus seulement un rêve lointain,
mais une direction intérieure.
J’ai commencé la musique pour penser à autre chose…
et c’est devenu une vraie passion.
Apprendre seule, pour s’approprier l’instrument
La guitare, Deylise l’apprend en grande partie seule.
Elle ne cherche pas à suivre un chemin trop balisé.
Un seul cours lui suffit pour comprendre
qu’elle préfère une autre méthode :
passer des heures seule à répéter les mêmes accords,
rejouer Bob Dylan ou The Pretty Reckless,
jusqu’à ce que l’instrument devienne une extension personnelle
de son propre langage.
Cette période lui apprend la patience,
la persévérance
et surtout une manière de travailler très instinctive :
avancer à sa façon, à son rythme,
jusqu’à créer un lien profond et presque physique avec la guitare.

Nottingham : le choc électrique
En 2017, Deylise part vivre à Nottingham.
Ce départ agit comme une bascule.
Là-bas, elle découvre une scène qui lui offre
ce qu’elle cherchait confusément depuis plusieurs années :
une liberté artistique plus brute,
plus directe,
plus décomplexée.
Elle y enchaîne les performances,
seule en acoustique ou comme leader d’un groupe de rock,
et reçoit ce qu’elle décrit presque comme des décharges électriques sur scène.
L’Angleterre devient alors plus qu’un décor :
un déclencheur.
« L’Angleterre, c’est de l’énergie brute,
et un public hyper réceptif à ma musique. »
C’est aussi une période où son écriture devient plus sombre,
plus grunge,
tandis que son identité visuelle s’affirme.
Sa voix, également, se transforme :
grâce à ses cours avec le chanteur lyrique américain Ben Cahn,
elle s’ouvre, se déploie et gagne en puissance.
La rigueur pour atteindre la vision
En 2019, Deylise rejoint le Liverpool Institute for Performing Arts.
Cette nouvelle étape ne modifie pas seulement son environnement :
elle affine radicalement sa perception du métier.
Là où la passion et l’instinct suffisaient jusque-là à la pousser,
elle découvre à quel point une carrière musicale demande aussi
du travail,
de la rigueur
et de la discipline.
Travailler la voix,
le souffle,
l’endurance,
la production,
les arrangements,
recommencer sans cesse jusqu’à atteindre la forme exacte
que l’on avait imaginée :
tout cela devient partie intégrante de son processus.
Atteindre sa vision demande du temps,
de la discipline
et des heures de travail qui finissent par devenir des mois.
Liverpool apporte aussi une autre couleur à sa musique :
plus mélodique,
plus vibrante,
plus structurée théoriquement.
Nottingham avait été le lieu du choc.
Liverpool devient celui de l’architecture.

Entre la France des mots et le Royaume-Uni du lâcher-prise
Aujourd’hui, l’univers de Deylise se construit à l’intersection
de deux sensibilités.
D’un côté, la France :
son berceau,
la langue française,
le goût de la littérature
et des mots.
De l’autre, le Royaume-Uni :
un territoire qu’elle associe à la liberté d’être,
à l’acceptation du bizarre,
à la spontanéité
et à un public particulièrement réceptif.
Cette tension féconde irrigue sa manière d’écrire,
de produire
et de défendre ses chansons.
Comme si l’une lui donnait la matière,
et l’autre l’élan.
« Mélangez les deux et vous avez une musique super-puissante. »
Une playlist entre guitares, reliefs pop et souffle océanique
Découvrez l’univers de Deylise, de ses morceaux les plus organiques
à ceux où l’écriture, les images et les arrangements se rejoignent pleinement.
Habiller le morceau sans l’étouffer
Deylise ne se limite pas au chant et à la guitare.
Elle explore aussi la basse,
la batterie
et le travail d’arrangement,
qui lui permet d’entrer plus profondément dans son propre univers.
Pour elle,
une chanson est presque comme une personne :
l’arrangement est la manière dont on l’habille.
Trop présent,
il peut écraser la mélodie et les paroles.
Trop discret,
il peut les laisser sans relief.
Comprendre plusieurs instruments change donc radicalement sa manière de composer :
le rythme pose le groove,
la basse soulève la structure,
la batterie l’ancre,
puis viennent les guitares,
les synthés
et les effets,
chacun avec sa fonction propre.
Arranger ses propres morceaux,
c’est aussi pouvoir leur associer des images,
des couleurs
et un imaginaire visuel cohérent.
D’abord une intention, puis l’élan
Lorsqu’une nouvelle chanson naît,
tout commence chez Deylise par une intention.
Sur quoi veut-elle écrire ?
Quelle vérité doit être exprimée ?
Qu’est-ce qui traverse son esprit à cet instant précis ?
Ensuite seulement viennent la guitare,
les accords,
puis presque en même temps la mélodie,
la rythmique
et la phrase.
Le processus est rapide,
porté par une urgence :
celle de faire exister la chanson.
« J’écris et compose rapidement, quasi impatiemment,
parce que l’envie que cette chanson existe est très forte. »
Cette écriture peut se déployer en français ou en anglais.
Le français, sa langue natale, porte naturellement certaines nuances.
L’anglais, lui, lui permet parfois de se cacher plus facilement.
Deux langues,
deux états d’esprit,
comme deux nationalités sensibles à l’intérieur d’une même artiste.
De « Flemme » à « Following the Waves »
Certaines chansons racontent particulièrement bien
la manière dont Deylise transforme une situation vécue
en proposition musicale.
« Flemme », écrite fin 2020,
naît après un épisode aussi absurde que révélateur :
un retard à une visite d’appartement
et l’attitude méprisante d’un agent immobilier parisien.
Le morceau prend alors une apparence légère et humoristique,
mais porte aussi autre chose :
la lassitude d’une époque,
la pression de l’entrée dans la vie active,
et l’écart entre ce que l’on attend d’une jeune adulte
et ce qu’elle ressent profondément.
« Following the Waves »,
de son côté,
s’ancre dans un autre paysage.
En juillet 2020, après des mois d’enfermement,
Deylise part seule à Hendaye.
Elle y reste trois semaines,
écrit plusieurs chansons
et trouve dans les vagues une image décisive :
celle d’un destin qu’on ne contrôle pas,
mais que l’on peut apprendre à traverser.
Les vagues l’apaisent
et représentent ce cours du destin
qu’on ne peut pas changer :
la meilleure chose à faire,
c’est d’apprendre à surfer dessus.
Cette image résume peut-être à elle seule
toute l’ambiance océanique de son univers :
sensible,
mobile,
imprévisible,
mais jamais figé.
Grandir sans se trahir
Entre « Lipstick », sorti en 2022,
et les morceaux plus récents,
Deylise ne parle pas de rupture.
Pour elle,
l’essentiel n’a pas changé :
elle reste la même.
Ce qui évolue,
c’est sa maturité,
sa manière de grandir avec ses chansons
et, surtout,
la précision avec laquelle elle sait désormais ce qu’elle veut.
Le fait d’être devenue sa propre productrice
renforce encore cette affirmation.
Elle ne délègue plus seulement une vision :
elle la construit elle-même.
Supersonic, Les Disquaires… et le lien avec le public
Deylise a joué sur plusieurs scènes parisiennes,
notamment au Supersonic et aux Disquaires.
Dans ces moments de live,
ce qui la marque avant tout,
c’est la puissance du partage.
La scène devient alors un lieu de connexion directe,
presque viscérale,
entre l’artiste,
la musique
et celles et ceux qui viennent écouter.
Elle dit être particulièrement heureuse
de faire partie de la famille Supersonic,
comme si certaines scènes ne servaient pas seulement à se produire,
mais aussi à appartenir.
Sur scène, la musique devient un moment de connexion
puissant et partagé.
Rester fidèle à l’élan des débuts
Si Deylise se projette dans les années à venir,
son ambition n’est pas formulée en termes de posture ou de stratégie.
Elle reste simple, mais essentielle.
Sortir de nouvelles chansons
qui aient du sens
pour le monde
et pour elle-même.
Une artiste guidée par l’instinct, portée par le mouvement
Deylise avance comme ses chansons :
avec intensité,
avec instinct,
et avec cette tension permanente
entre énergie brute et construction patiente.
Il y a chez elle la chambre où l’on apprend seule la guitare,
les scènes ouvertes parisiennes,
Nottingham et ses secousses électriques,
Liverpool et sa rigueur,
les langues qui se répondent,
les morceaux qui naissent vite,
les arrangements pensés comme des couleurs,
et l’océan comme métaphore du destin.
Entre rock,
pop
et folk,
elle construit une œuvre où l’intime ne se raconte jamais de manière figée.
Il circule,
il se transforme,
il se met en musique.

Écrire vite quand l’envie est forte,
produire avec précision,
et suivre les vagues plutôt que leur résister.
Après ces vagues, ces villes et ces chansons… est-ce qu’on connaît vraiment Deylise ?
Le portrait d’une artiste rock qui transforme ses secousses intérieures,
ses départs et ses paysages en chansons habitées.




